Le marché des changes, ou Forex, est le plus grand marché financier au monde. Des milliers de milliards de dollars y sont échangés chaque jour, 24 heures sur 24, sur un marché mondial de gré à gré décentralisé. C'est le marché où les gouvernements mènent des guerres économiques, où les multinationales se couvrent contre leurs risques opérationnels et où les investisseurs particuliers participent avec plus ou moins de succès, selon leurs connaissances, leur stratégie et leur gestion des risques.
La plupart des investisseurs particuliers abordent le Forex avec la même logique simpliste qu'ils utilisent pour les actions : « Je pense que l'euro va monter, donc je vais l'acheter. » C'est comme se présenter à une course de Formule 1 en karting.
Le marché des changes (Forex) ne reflète pas la valeur d'entreprises, mais celle d'économies. Vous ne négociez pas un produit, mais la politique de taux d'intérêt d'un pays, ses données d'inflation, sa stabilité politique et le sentiment collectif du marché, lui-même influencé par les anticipations économiques. Le cours de l'EUR/USD n'est pas qu'une simple courbe sur un graphique ; il constitue un indicateur dynamique et en temps réel de la force relative de la zone euro par rapport aux États-Unis.
Pour réussir sur le marché des changes, les acteurs doivent généralement recourir à des stratégies adaptées à cet environnement spécifique. Il est nécessaire de penser moins comme un simple gestionnaire de portefeuille et davantage comme un macro-stratège, en faisant preuve d'une grande rigueur technique. Voici les stratégies fondamentales du trading de devises professionnel , présentées à des fins pédagogiques et sans aucune garantie de résultats, loin des promesses marketing.
1. Le carry trade : le maître du marché des changes
Le carry trade est l'une des stratégies les plus anciennes et fondamentales du trading de devises. C'est aussi ce qui se rapproche le plus d'un revenu passif en Forex ; autrement dit, ce n'est pas passif du tout, mais c'est moins frénétique que d'autres approches.
Le concept : Le carry trade repose essentiellement sur un arbitrage des taux d’intérêt. Vous empruntez une devise à faible taux d’intérêt (comme le yen japonais ou le franc suisse, historiquement) et utilisez cet argent pour acheter une devise à taux d’intérêt élevé (comme le dollar australien ou le dollar néo-zélandais).
Chaque jour où vous conservez cette position, votre courtier peut vous créditer ou vous débiter du « carry » : la différence entre les deux taux d’intérêt. Vous agissez en quelque sorte comme un propriétaire, percevant un loyer sur votre capital. Historiquement, les traders professionnels gagnaient leur vie simplement en achetant des paires AUD/JPY et en les conservant, encaissant ainsi les intérêts quotidiens.
Exécution : Un trader repère une paire de devises présentant un écart de taux d’intérêt significatif. Par exemple, si le taux d’intérêt australien est de 4 % et celui du Japon de 0,1 %, l’écart est de 3,9 %. Le trader achète la paire AUD/JPY. Tant que le taux de change reste stable ou augmente, il perçoit l’écart de taux d’intérêt, généralement versé quotidiennement sur son compte (on parle alors de « rollover positif » ou de « swap positif »).
Le risque caché : le carry trade semble être de l’argent facile, mais il ne l’est pas. Le risque réside dans la volatilité des taux de change. Si la devise à haut rendement chute brutalement par rapport à la devise à faible rendement, les pertes en capital peuvent dépasser les intérêts cumulés sur une période relativement courte.
C’est précisément ce qui peut se produire lors d’un épisode de forte aversion au risque. Lorsque l’économie mondiale semble fragile, les investisseurs paniquent. Ils se débarrassent des actifs à haut risque et à haut rendement et se réfugient vers des devises refuges comme le yen et le franc suisse. La paire AUD/JPY peut alors chuter brutalement, impactant fortement les détenteurs de positions de portage.
Le carry trade repose sur la stabilité mondiale. En période de conjoncture favorable et de faible volatilité, il peut fonctionner comme prévu. En revanche, lorsque la peur s'installe, il peut entraîner des pertes rapides et importantes.
2. Suivi de tendance sur les paires majeures : surfer sur la vague macroéconomique
Le marché des changes est réputé pour ses longues périodes de tendances soutenues. Ces tendances ne sont pas le fruit du hasard ; elles sont impulsées par de puissantes forces macroéconomiques qui peuvent mettre des mois, voire des années, à se manifester. Une hausse des taux d'intérêt par une banque centrale sur une période de douze mois peut créer un contexte favorable significatif pour sa devise.
Le suiveur de tendance ne cherche pas à prédire ces tendances. Il s'intéresse à les identifier une fois qu'elles ont commencé et à y participer jusqu'à ce qu'elles montrent des signes d'inversion.
Le concept : Le suiveur de tendance utilise des règles techniques simples, prédéfinies et objectives pour identifier une tendance et s’y maintenir. Il ne cherche pas à comprendre pourquoi l’euro baisse ; seul le constat de la baisse et le fait que son système indique une position vendeuse comptent .
La mise en œuvre : La boîte à outils classique du suivi des tendances est volontairement simple :
- Moyennes mobiles : Le trader peut utiliser un système de croisement. Lorsqu’une moyenne mobile rapide (comme celle à 50 jours) passe à la hausse par rapport à une moyenne mobile lente (comme celle à 200 jours), une nouvelle tendance haussière est signalée et le trader achète. Il conserve sa position jusqu’à ce que les moyennes s’inversent.
- Canaux de Donchian ou canaux de prix : cet indicateur représente graphiquement le plus haut et le plus bas sur une période donnée (par exemple, 20 jours). Une clôture au-dessus du canal supérieur constitue un signal d’achat. Une clôture en dessous du canal inférieur constitue un signal de vente. Le trader conserve généralement sa position jusqu’à ce que le canal opposé soit franchi.
La clé du suivi de tendance réside dans la capacité à laisser courir les gains et à limiter les pertes. Un adepte du suivi de tendance subit souvent de nombreuses petites pertes. Le système sera soumis à de fortes fluctuations sur les marchés volatils et sans tendance marquée. L'objectif est de tirer profit d'une tendance durable qui compense toutes les petites pertes, voire les dépasse.
La difficulté psychologique : le suivi de tendance est éprouvant. Le taux de réussite est souvent faible, parfois inférieur à 40 %. Le trader doit endurer de longues périodes de petites pertes frustrantes en attendant le mouvement décisif. Il doit lutter contre la tentation constante d'encaisser ses gains trop tôt, sachant que l'avantage du système réside dans sa capacité à repérer les tendances atypiques, les « cygnes noirs ». C'est une stratégie qui exige une patience immense et une adhésion totale aux règles du système.
3. Trading d'actualités : le jeu des accros à l'adrénaline
Alors que certains traders évitent les événements d'actualité, d'autres s'y spécialisent. C'est le monde à haut risque du trading sur l'actualité, où des gains ou des pertes considérables peuvent survenir dans les secondes qui suivent la publication d'une donnée économique majeure.
Le concept : Les annonces économiques majeures, comme le rapport américain sur l’emploi non agricole (NFP), les données d’inflation de l’indice des prix à la consommation (IPC) ou une décision de la banque centrale concernant les taux d’intérêt, entraînent souvent une forte volatilité immédiate sur les marchés des changes. Le trader spécialisé dans l’actualité cherche à tirer profit de cette instabilité.
La mise en œuvre : Il existe deux principaux courants de pensée en matière de trading d’informations :
- Le pari directionnel : Il s'agit généralement de l'approche la plus risquée. Le trader analyse les prévisions consensuelles concernant la publication des données. S'il estime que le chiffre réel sera sensiblement différent (par exemple, une inflation bien plus élevée que prévu), il prendra une position directionnelle juste avant la publication. Cette approche comporte un degré d'incertitude élevé, car la réaction du marché peut différer des attentes, même lorsque le résultat des données semble clair.
- La stratégie de volatilité : Il s’agit d’une approche plus sophistiquée. Le trader ne se soucie pas de savoir si le chiffre est bon ou mauvais. Ce qui l’intéresse, c’est qu’il provoque une forte variation de prix. Il utilise des stratégies comme les « straddles » ou les « strangles » avec des options, ou place des ordres d’achat et de vente stop de part et d’autre du prix actuel juste avant la publication. L’objectif est de se positionner dès le premier pic de prix, quelle que soit sa direction.
La réalité du spread : Juste avant ou après la publication d’une information majeure, le marché se fige. La liquidité se tarit. L’écart entre le prix d’achat et le prix de vente s’accroît considérablement. Un spread normalement de 0,5 pip peut augmenter sensiblement durant ces périodes. Cela signifie que même si vous anticipez correctement la direction du marché, vous risquez d’obtenir un prix d’exécution très défavorable (« slippage »), et le marché doit évoluer significativement en votre faveur pour que vous atteigniez le seuil de rentabilité.
Le trading d'actualités est un exercice réservé aux professionnels. Il exige une exécution ultra-rapide, une forte tolérance au risque et la compréhension que les coûts de transaction, notamment les spreads et le slippage, peuvent avoir un impact significatif sur les résultats. Les traders moins expérimentés qui interviennent lors d'événements d'actualité majeurs peuvent être confrontés à un risque accru en raison de ces facteurs.
4. Trading en range sur les paires « calmes » : La progression latérale
Toutes les paires de devises ne sont pas volatiles par nature. Certaines, comme l'EUR/CHF ou l'AUD/NZD, sont connues pour leur tendance à évoluer latéralement dans des fourchettes bien définies pendant de longues périodes. Ce sont les paires « stables », influencées par des économies étroitement liées et qui évoluent souvent de concert.
Le trader de range est l'opposé du suiveur de tendance. Il recherche l'ennui.
Le concept : Un trader adepte du range identifie une paire de devises qui oscille entre un niveau de support et un niveau de résistance clairement définis. Il part du principe que ce range devrait se maintenir.
L'exécution : La stratégie est simple :
- Vendre en haut de la fourchette : lorsque le prix approche du niveau de résistance, le trader recherche des signes d’essoufflement (comme une figure de chandelier baissière ou une divergence du RSI) et prend une position courte. Le stop-loss est placé juste au-dessus de la résistance.
- Achat en bas de la fourchette : lorsque le prix approche du niveau de support, le trader recherche des signes d’intérêt acheteur et prend une position longue. L’ordre stop-loss est placé juste en dessous du support.
Le trader qui pratique le range trade est comme un joueur de tennis qui renvoie la balle d'un bout à l'autre du court. Il ne cherche pas à gagner le point d'un seul smash ; il se contente de maintenir la balle en jeu, engrangeant de petits profits grâce aux fluctuations prévisibles.
Le danger de la cassure : Le principal risque pour un trader en range est la cassure de cette dernière. Après des semaines de mouvements prévisibles, un catalyseur soudain peut provoquer une cassure nette du support ou de la résistance et initier une nouvelle tendance. Le trader en range doit impérativement placer un ordre stop-loss et le respecter scrupuleusement. Lorsque la tendance s'inverse, il doit se retirer.
5. Trading basé sur la confluence technique : l’approche multicouche
Il s'agit moins d'une stratégie isolée que d'une méta-stratégie combinant des éléments de toutes les autres. Le trader discrétionnaire professionnel s'appuie rarement sur un seul indicateur ou une seule configuration. Il recherche la « confluence », c'est-à-dire une situation où plusieurs outils d'analyse indépendants convergent vers la même conclusion.
Le concept : Le trader adepte de la confluence estime que les transactions les plus probables se produisent aux points du graphique où plusieurs types différents de supports ou de résistances se croisent.
Exécution : Un trader peut envisager une position longue sur l’EUR/USD. Il n’achètera pas simplement parce que le prix atteint une moyenne mobile. Il attendra une configuration où :
- Le prix se situe à un niveau de support horizontal majeur sur le graphique journalier.
- Ce niveau correspond également à un retracement de Fibonacci de 61,8 % de la dernière forte hausse.
- Le prix interagit également avec la moyenne mobile sur 200 jours.
- L'indicateur RSI se trouve en zone de survente.
- Une bougie d'avalement haussière se forme précisément à cet endroit.
Il s'agit d'une configuration de confluence. Cinq raisons différentes et sans corrélation indiquent qu'il s'agit d'un point d'inflexion critique. La probabilité d'un rebond à partir de ce niveau est généralement considérée comme plus élevée que celle d'un rebond à partir d'un point aléatoire du graphique.
Le risque de la suranalyse : Le danger du trading basé sur les confluences est la « paralysie par l’analyse ». Un trader peut attendre tellement de conditions réunies qu’il finit par ne jamais passer à l’action. L’essentiel est de définir à l’avance quelques facteurs de confluence clés et d’agir dès leur apparition, sans avoir besoin d’un alignement parfait de tous les éléments.
La vérité cachée sur le trading Forex
Le marché du Forex est un océan profond et dangereux. Ces stratégies sont les embarcations avec lesquelles les professionnels naviguent. Mais la stratégie n'est pas l'élément le plus important. Le plus important, c'est la gestion des risques.
L'effet de levier extrême disponible sur le Forex (souvent jusqu'à 50:1 ou 100:1 selon la juridiction et le courtier) peut amplifier considérablement les gains comme les pertes. Un petit mouvement à contre-courant d'une position fortement levier peut entraîner des pertes substantielles, voire la perte totale du compte de trading. Un trader professionnel pense au risque avant même de penser au profit. Il ne risque généralement qu'une infime partie de son capital sur chaque transaction. Il utilise systématiquement des ordres stop-loss. Il sait que son rôle n'est pas d'être un héros, mais de survivre.
Les stratégies décrites ci-dessus peuvent être appliquées efficacement. Toutefois, elles ne fonctionnent que dans un cadre rigoureux de discipline et de préservation du capital. Sans ce cadre, elles ne sont que différentes manières de dilapider inexorablement le capital de trading.
Dernier rappel : le risque ne dort jamais.
Attention : le trading comporte des risques. Ces informations sont fournies à titre pédagogique uniquement et ne constituent pas un conseil en investissement.