Le secteur financier investit des milliards de dollars dans des câbles à fibres optiques, des antennes paraboliques et des supercalculateurs, dans le seul but de gagner quelques millisecondes sur les temps d'exécution. Pourtant, le principal goulot d'étranglement de tout système de trading se situe à quelques dizaines de centimètres de l'écran : le cerveau du trader, cet organe biologique humide, gris et parfois capricieux.
Vous pouvez avoir une stratégie mathématiquement infaillible. Vous pouvez disposer du flux de données le plus rapide au monde. Vous pouvez avoir un QI digne de Mensa. Tout cela n'a aucune importance si votre amygdale prend le dessus sur votre cortex préfrontal dès qu'une transaction tourne au perdant.
Le trading n'est pas un test de QI ; c'est un test de maîtrise des émotions. Le marché est un environnement particulièrement hostile pour le cerveau humain. Nous avons évolué pour survivre dans la savane : fuir le danger (la peur) et accumuler des ressources (l'avidité). Sur le marché, ces mêmes instincts de survie peuvent nuire à la rigueur des décisions et mener à de mauvais résultats s'ils ne sont pas maîtrisés.
L'anatomie de la peur
La peur en matière de trading se présente sous deux formes : la peur de perdre et la peur de rater une opportunité ( FOMO ).
La peur de perdre est paralysante. C'est cette petite voix qui vous dissuade de suivre le signal d'entrée, car vos trois dernières transactions ont été perdantes. C'est cette hésitation qui transforme une configuration idéale en une occasion manquée. Pire encore, c'est la paralysie qui vous saisit lorsque vous êtes déjà en perte. Au lieu de limiter les dégâts et d'accepter une légère perte, votre cerveau, pris de panique, se fige. Il espère. Il marchande. Il voit un risque de perte gérable de 2 % se transformer en une chute vertigineuse. C'est la réaction du « cerf pris dans les phares », et à Wall Street, la voiture ne dévie pas.
La peur de manquer quelque chose (FOMO) est une forme exacerbée de la peur. C'est l'angoisse de voir tout le monde s'enrichir pendant que vous restez les bras croisés. Elle se manifeste lorsqu'une action s'envole ou qu'une cryptomonnaie atteint des sommets. La raison sait qu'acheter lors d'une telle hausse comporte des risques élevés. Les émotions, elles, voient la foule s'agiter et incitent à agir immédiatement. Cela conduit à acheter au plus haut, à se précipiter sur les points d'entrée et à abandonner sa stratégie pour suivre le mouvement. La FOMO n'est pas de l'ambition ; c'est une pression émotionnelle déguisée en urgence.
L'anatomie de l'avidité
L'avidité est souvent mal comprise. Il ne s'agit pas seulement de vouloir gagner de l'argent : c'est le but ultime. L'avidité toxique, c'est l' incapacité d'accepter la réalité.
C'est le trader qui a gagné 5 000 $ sur une transaction mais refuse d'encaisser ses bénéfices car son objectif était de 5 500 $. C'est le refus de laisser le marché vous rémunérer parce que vous vous croyez en droit d'exiger davantage. L'avidité peut vous aveugler face à l'évolution de la situation. Le graphique peut crier « retournement de tendance », mais l'esprit avide ne voit que du « potentiel ».
L'avidité se manifeste aussi dans la taille des positions. C'est la tentation de « miser gros » pour compenser des pertes antérieures ou atteindre un objectif mensuel en une seule journée. Cela augmente considérablement le risque . Lorsque vous dépassez votre zone de confort psychologique, vous ne tradez plus en fonction du graphique ; vous tradez en fonction de vos profits et pertes. Chaque variation de prix devient émotionnellement intense. Vous sortez trop tôt des positions gagnantes car vous ne supportez pas les fluctuations, et vous conservez trop longtemps les positions perdantes car la prise de conscience de la perte est particulièrement douloureuse.
La solution : l'ennui
L'antidote à la peur et à la cupidité n'est pas la « volonté ». On ne peut pas maîtriser la biologie par la seule force de la volonté. La solution réside dans une démarche structurée.
Les traders professionnels sont ennuyeux. Ils ne tradent pas pour l'adrénaline, mais pour l'efficacité. Ils se considèrent non pas comme des joueurs, mais comme des gérants de casino. Le casino ne panique pas lorsqu'un joueur remporte le jackpot. Il ne devient pas avide lorsqu'un joueur perd. Il continue simplement à faire tourner la roue, en misant sur les probabilités plutôt que sur les résultats individuels.
Pour surmonter l'aspect psychologique, il faut sortir la prise de décision du feu de l'action.
- Planifiez votre transaction : vous devez connaître votre point d’entrée, votre stop-loss et votre objectif avant de passer un ordre. Une fois l’ordre ouvert, vous perdez toute notion d’intelligence. Votre raisonnement avant la transaction est bien plus avisé. Écoutez votre bon sens.
- Automatisez la perte : utilisez des ordres stop stricts. Ne vous fixez pas d’« arrêt mental ». Un arrêt mental est une illusion. Passez l’ordre sur le marché. Laissez l’ordinateur encaisser la perte pour que votre ego n’ait pas à le faire.
- Pensez en termes de probabilités : cessez de vous juger sur le résultat d’une seule transaction. Évaluez les résultats sur une série de transactions. Si vous perdez aujourd’hui, ce n’est qu’un point de données parmi d’autres. Cela ne définit pas votre intelligence ; cela signifie simplement que vous avez assumé les coûts liés à l’activité.
Le boss final : L’ego
Finalement,
Le marché vous est indifférent. Il ignore votre existence. C'est un océan de liquidités chaotique et indifférent. Vous ne pouvez le dompter ; vous ne pouvez que surfer dessus. Dès que vous tentez d'influencer les prix, vous perdez. La constance à long terme favorise généralement ceux qui savent reconnaître leurs erreurs, se retirer des positions perdantes et garder leur sang-froid. Ils ont remplacé le besoin d'avoir raison par celui d'être rentable. Et c'est un compromis qui vaut la peine d'être fait.
Dernier rappel : le risque ne dort jamais.
Attention : le trading comporte des risques. Ces informations sont fournies à titre pédagogique uniquement et ne constituent pas un conseil en investissement.